Le “subventionnement” des frais de scolarité universitaire

January 24, 2010 at 6:37 pm (Affaires sociales, Francais, Université Laval) (, , , , )

Je me suis encore laissé aller à écrire un commentaire-fleuve sur le site du Devoir. Je le republie sur mon blog. C’est un commentaire en réponse à la sortie du nouveau livre de Joseph Facal, qui fait une réflexion sur la position des “lucides”.

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Dans l’ensemble, les positions de M. Facal, tel que résumées dans cet article, m’apparaissent dignes d’une réflexion. Par contre, j’ai un problème avec une des celles-ci: le “subventionnement” des frais de scolarité à l’université.

Il semble il y avoir un large consensus selon lequel le niveau de vie d’une population (sa richesse) soit fortement corréllée avec son niveau d’éducation. Bien sûr, la corrélation n’implique pas la causation, mais on peut présumer qu’il y a là un cycle vertueux, où l’éducation améliore les conditions de vie, qui à leur tour favorisent un accès plus facile à l’éducation, et ainsi de suite. En conséquence, il semblerait logique de tout mettre en oeuvre pour augmenter le niveau d’éducation de la population, puisque celle-ci serait un investissement qui démontre un retour. Et pourquoi pas: s’endetter pour le financer, comme on le fait pour bâtir des barrages hydro-électriques. En autant que ce soit rentable!

Contre toute logique, les partisans de l’augmentation des frais de scolarité soutiennent que ceux-ci n’ont pas d’influence sur l’accessibilité aux études supérieures. Permettez-moi d’en douter. Anecdotiquement, je connais plusieurs personnes qui n’ont pas poursuivi d’études supérieures, ou ne les ont pas terminées, faute de moyen. Qu’en est-il réellement?

De plus, il faut tenir en compte le poid relatif des frais de scolarité dans le budget des universités. Une augmentation de 100% ds frais de scolarité aurait un effet catastrophique sur les étudiants, mais aurait-elle un impact significatif sur la qualité de l’enseignement? Encore là, j’en doute.

Donc, avant de me vendre l’augmentation des frais de scolarité comme solution au sous-financement des université, les lucides vont devoir faire leurs devoirs et répondre à deux questions:

1. Quel est l’impact réel des augmentations sur l’accessibilité? Pas de conjectures, ni de comparaisons pomme-orange avec d’autres provinces, mais une étude sur la capacité individuel des étudiants québécois de soutenir lesdites augmentations.

2. Dans quelle mesure ces augmentations assureront-elles la santé financière de nos universités? À un niveau qui n’ai pas d’impact significatif sur l’accessibilité, seront-elles suffisantes pour assurer un financement adéquats de l’éducation supérieures?

Sans une réponse étudiée à ces questions, je conclus que les lucides prônent l’augmentation des frais de scolarités sur une base idéologique, en contradiction avec le pragmatisme dont ils se proclament les apôtres.

Cette question m’interpelle personnellement, et je puise ma réfléxion dans mon propre vécu. Il y a quelques années, dans la jeune trentaine avec deux enfants à charge, j’ai considéré pendant un moment faire un retour à l’université. Drop-out du CÉGEP, je voyais dans un éventuel retour aux études une façon de réaliser pleinement mon potentiel, mais surtout de sortir du sous-emploiement chronique dont je souffrait depuis le début de ma vie adulte. Cette hiver là, le gouvernement Charest a choisi de s’attaquer au programme de prêts et bourses dans le cadre de sa grande “réingénierie” de l’État (qu’en est-il devenue?). J’ai bien manifesté sur la colline avec quelques milliers d’autres étudiants, sans grand succès. L’Université Laval, que j’avais commencé à fréquenter à temps partiel, avait de son côté décidé qu’il était opportun d’augmenter les frais de scolarité, dans un contexte où la fréquentation diminuait dramatiquement (trouver l’erreur). Après réflexion, j’ai choisi de laisser tomber mon projet d’étude universitaire à temps plein: trop cher, et pas très intéressant de trainer quelques dizaines de milliers de dollars de dettes par la suite. Surtout que les études à temps plein auraient impliquées de mettre ma famille en état de survivance financière pendant toute leur durée.

Je suis donc resté sur le marché du travail, et ça m’as plutôt bien réussi. Je suis finalement sorti du sous-emploiement, mais clairement, je dois ma carrière à autre chose que mon éducation. Je ne peux pas m’empêcher de penser: que serais-je devenu avec un baccalauréat en poche? Et surtout: combien sont-ils à ne pas réaliser leurs plein potentiel, faute d’un accès abordable aux études supérieures? Et finalement: combien cela nous coûte t’il collectivement? Des questions sans réponse, parce qu’elles n’intéressent pas les décideurs. Pas même ceux qui ont pour travail de gérer lesdites études supérieures. Et elles n’intéressent vraisemblablement pas les lucides non plus.

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